Ma confiture d’abricots, 700 g de sucre au kilo

Portrait d'Élise GautierPar · 12 août 2026

La règle que ma grand-mère appliquait était simple : un kilo de sucre pour un kilo de fruits. Sa confiture d’abricots se gardait trois ans et personne ne la finissait. J’ai baissé à 700 grammes il y a quatre étés, et depuis, les pots partent avant l’hiver.

Moins de sucre veut dire moins de conservation, c’est vrai, et cela demande deux précautions que je détaille plus bas.

Pourquoi ma confiture d’abricots descend à 700 g

Le sucre n’est pas seulement un goût, c’est ce qui empêche les micro-organismes de se développer. Une confiture à 60 % de sucre se garde des années à température ambiante. À 40 %, on parle plutôt de quelques mois, et le pot entamé doit aller au réfrigérateur.

À 700 grammes pour un kilo de fruits dénoyautés, on se situe autour de 50 % une fois l’eau évaporée. C’est le compromis qui me va : le goût de l’abricot reste devant, et les pots non ouverts tiennent une année sans problème dans un placard sombre. L’Observatoire de la qualité de l’alimentation publie des relevés de teneurs en sucre par catégorie de produits, et les confitures industrielles tournent souvent plus haut que ce que l’on imagine.

Des abricots coupés en deux, les noyaux retirés, dans un plat

Les abricots, et le moment où il faut les acheter

Un abricot trop ferme ne donne rien. Il reste acide, la chair ne se défait pas, et la confiture a un goût de fruit cuit sans parfum. Je prends des abricots mûrs, ceux que le marchand solde en fin de marché parce qu’ils ne tiendront pas deux jours. Ce sont les meilleurs pour cet usage, et ils coûtent la moitié du prix.

Je les coupe en deux, je retire les noyaux, et je garde une dizaine d’amandons que je casse et que j’ajoute en fin de cuisson. Cela donne une amertume légère qui fait la différence avec une confiture du commerce. Trois amandons suffisent pour un kilo si vous n’aimez pas ce goût prononcé.

La macération, puis la cuisson

Le déroulé, heure par heure

  • Veille au soir : fruits coupés, sucre versé dessus, un demi-citron pressé, le tout couvert et laissé au frais.
  • Le matin : les fruits ont rendu leur jus, le sucre est presque dissous.
  • Première ébullition : 10 minutes à feu vif, écumer.
  • Repos : 1 heure hors du feu, les fruits se gorgent de sirop.
  • Deuxième cuisson : 12 à 18 minutes jusqu’à la prise.
  • Mise en pots brûlante, pots retournés 10 minutes.

La double cuisson avec repos n’est pas une coquetterie. Elle évite de réduire le fruit en bouillie : les morceaux restent entiers parce qu’ils ont eu le temps d’absorber le sirop au lieu de cuire en continu. J’ai fait les deux méthodes le même jour, avec les mêmes abricots, et la différence de texture était nette.

La confiture en train de réduire dans une bassine en cuivre

Savoir quand c’est pris

Le test de l’assiette froide reste le plus fiable chez moi. Je garde une petite assiette au congélateur, j’y dépose une goutte de confiture et je la penche au bout de trente secondes. Si la goutte coule franchement, il faut poursuivre. Si elle avance lentement en laissant une traînée, c’est prêt.

Le thermomètre donne 105 °C comme repère, mais je m’en méfie : selon la teneur en eau des fruits, j’ai eu des confitures prises à 103 et d’autres encore liquides à 106. L’assiette ne ment pas.

Le jus de citron n’est pas optionnel. L’abricot contient peu de pectine, et sans acidité la prise ne se fait pas ou se fait tard, au prix d’une surcuisson qui donne un goût de caramel. Un demi-citron par kilo suffit.

Les abricots secs du congélateur

Quand la saison est trop courte pour tout traiter d’un coup, je congèle les abricots dénoyautés en sac, à plat, et je fais la confiture en octobre. Le fruit congelé rend plus d’eau que le fruit frais, donc la cuisson s’allonge de cinq à huit minutes et il vaut mieux baisser le sucre de cinquante grammes pour compenser la concentration.

La texture finale est un peu moins ferme, le goût tient très bien. Je ne ferais pas cela pour des fraises, qui s’écroulent complètement après congélation, mais l’abricot encaisse. C’est aussi une façon de profiter des cageots soldés sans passer trois soirées de suite devant la bassine.

Une tartine de pain avec une couche épaisse de confiture

Avec ou sans morceaux

Je laisse les abricots en quartiers et je ne mixe rien. Pendant la deuxième cuisson, une partie se défait seule et le reste tient, ce qui donne une texture irrégulière que je préfère nettement à une purée lisse. Pour une confiture destinée à des tartines fines, un coup de mixeur plongeant pendant dix secondes suffit à uniformiser sans liquéfier.

Écumer ou non relève du même choix. L’écume est de l’air emprisonné dans du sirop, elle n’altère ni le goût ni la conservation, elle trouble seulement l’aspect. Je l’enlève à la première ébullition parce qu’un pot translucide fait plaisir à regarder, pas parce que c’est nécessaire.

Une noisette de beurre jetée en fin de cuisson fait retomber l’écume d’un coup. Ma grand-mère faisait ça, je l’ai longtemps pris pour une habitude sans fondement, et puis j’ai essayé. Cela fonctionne, même si je préfère l’écumoire pour une confiture que je compte garder un an.

Mise en pots et durée de garde

Les pots doivent être propres et chauds. Je les passe au lave-vaisselle juste avant, ce qui évite le choc thermique au moment de verser. Le remplissage se fait à ras bord, couvercle vissé aussitôt, pot retourné dix minutes pour stériliser le dessus et créer le vide d’air.

Un pot non ouvert se garde un an au placard, à l’abri de la lumière. Un pot entamé passe au réfrigérateur et se finit en trois semaines. J’étiquette la date au feutre sur le couvercle, parce que j’ai déjà retrouvé des pots dont j’étais incapable de dire l’année. La méthode complète de stérilisation est détaillée dans la rubrique conservation.

Il m’arrive de rater la prise et de me retrouver avec un sirop d’abricot au lieu d’une confiture. Ce n’est pas perdu : versé tiède sur une part de gâteau au yaourt, cela fait un dessert honnête, et personne n’a jamais posé de question.